Colonia et le Rio de la Plata
Ville portugaise de 1680 face à Buenos Aires, pavés UNESCO et bodegas de Tannat à Carmelo : une porte d'entrée fluviale et viticole en Uruguay.
Colonia del Sacramento occupe une pointe basse sur la rive nord du Rio de la Plata, à 177 km à l'ouest de Montevideo et 50 km en face de Buenos Aires par le fleuve. Notre agence envoie régulièrement ses voyageurs ici en première ou dernière étape uruguayenne, souvent en lien avec un vol via l'Argentine : le bacquebot Buquebus relie le centre de Buenos Aires au port de Colonia en 1h15, ce qui en fait l'une des entrées les plus douces dans le pays.
La ville a été fondée en 1680 par le gouverneur portugais Manuel Lobo, comme tête de pont commerciale face à la Buenos Aires espagnole. Cette position stratégique lui a valu d'être prise, reprise, rasée et reconstruite une dizaine de fois entre Portugais et Espagnols jusqu'au traité de 1777. Il en reste un Barrio Histórico classé à l'UNESCO depuis 1995, où la Calle de los Suspiros, pavée en dos d'âne pour évacuer l'eau de pluie vers le fleuve, garde le tracé portugais d'origine. Le phare de 1857, construit sur les ruines du couvent San Francisco, donne en 118 marches la meilleure vue d'ensemble : tuiles plates, figuiers, et la ligne grise du Rio de la Plata qui ressemble plus à une mer qu'à un fleuve, avec ses 220 km de large à cet endroit.
Le Rio de la Plata n'est pas bleu. Il charrie les sédiments du Paraná et de l'Uruguay, ce qui lui donne cette teinte ocre caractéristique que les habitants appellent simplement color barro. C'est une eau saumâtre, peu profonde, où l'on pêche le sábalo et le pejerrey. Côté terre, le paysage est celui de la pampa basse : prairies pour l'élevage laitier, eucalyptus en brise-vent, fermes blanches au toit rouge. Le département de Colonia est le bassin laitier historique de l'Uruguay, structuré au début du XXe siècle par l'immigration suisse de Nueva Helvecia (fondée en 1862) et les colons piémontais de Colonia Valdense. On y produit encore le fromage Colonia, demi-dur, qu'on goûte volontiers avec le dulce de membrillo local.
Plus au nord, le long de la route 21 qui suit le fleuve, on atteint Carmelo en une heure de route. C'est notre étape favorite pour qui veut voir au-delà des cartes postales de Colonia. Carmelo s'est développée autour du commerce fluvial et du delta du Río de las Vacas. La région concentre une dizaine de bodegas familiales : Narbona, El Legado, Cordano, Almacén de la Capilla. Le cépage roi est le Tannat, importé du Sud-Ouest français par Pascual Harriague en 1870, qui donne ici des vins plus souples que ceux de Madiran grâce au climat océanique tempéré. Beaucoup de domaines ouvrent leur table aux visiteurs sur réservation, avec des accords vin-fromage de la région.
Entre Colonia et Carmelo, deux détours méritent qu'on prenne le temps. Conchillas, ancien village minier construit par des Anglais en 1887 pour exploiter le sable et le granite, garde ses maisons en briques et son almacén Evans, épicerie d'époque toujours en activité. Real de San Carlos, à 5 km au nord de Colonia, abrite les ruines d'une arène de tauromachie construite en 1910 par l'entrepreneur argentin Mihanovich, fermée trois ans plus tard quand l'Uruguay a interdit la corrida en 1912. Ces strates portugaise, espagnole, britannique et italienne donnent à la région un caractère plus métissé qu'on ne l'imagine.
Le rythme local reste celui d'une province agricole. Les almacenes de ramos generales, ces épiceries-bars de village, servent encore le mate en fin d'après-midi. Sur le port de Colonia, les pêcheurs ramènent leurs prises au coucher du soleil, qui, par temps clair entre avril et septembre, se découpe sur les tours de Buenos Aires à l'horizon.
À découvrir
Barrio Histórico de Colonia au crépuscule. Après 18h, les ferries argentins du jour sont repartis. Les pavés de la Calle de los Suspiros, les bougainvilliers et les façades à un étage se vident. Nous recommandons d'y dormir pour récupérer cette heure-là.
Bodegas de Carmelo et Tannat local. Visite et dégustation chez Narbona ou El Legado, à une heure au nord de Colonia. Le Tannat uruguayen, plus rond que son cousin de Madiran, s'accorde avec les fromages de Nueva Helvecia.
Traversée fluviale depuis Buenos Aires. Le Buquebus relie Puerto Madero au port de Colonia en 1h15. Une arrivée par le fleuve qui restitue le sens historique de la ville, conçue comme une porte d'entrée maritime.
Conchillas, village anglo-uruguayen. À 40 km au nord de Colonia, ce village fondé en 1887 par la compagnie britannique C.H. Walker conserve ses maisons de brique, son cimetière protestant et un almacén d'époque.
Phare de Colonia, vue à 360°. 118 marches au-dessus des ruines du couvent San Francisco de 1696. Par temps clair, on distingue la skyline de Buenos Aires de l'autre côté du fleuve.
Quand y aller
Le climat de la région est tempéré océanique, sans saison sèche marquée. Nous conseillons la fenêtre d'octobre à avril, qui correspond au printemps et à l'été austral, avec des températures diurnes entre 22 et 30°C et des soirées douces propices aux dîners en terrasse dans le Barrio Histórico. Décembre, janvier et février concentrent l'affluence argentine, surtout les week-ends ; pour Colonia ville, mieux vaut viser un séjour en milieu de semaine ou hors vacances scolaires argentines.
Mai à septembre reste praticable mais demande une autre approche. Les températures tombent entre 8 et 16°C, le vent du sud (la sudestada) peut souffler plusieurs jours d'affilée et les pluies tournent autour de 80 à 100 mm mensuels. C'est aussi la basse saison pour les bodegas de Carmelo, dont certaines ferment la dégustation libre et reçoivent uniquement sur rendez-vous. En contrepartie, on a le quartier historique pour soi et de très belles lumières d'hiver sur le fleuve.
Conseils pratiques
Deux nuits suffisent pour faire honneur à la région : une à Colonia même, pour profiter du Barrio Histórico une fois les excursionnistes repartis, et une à Carmelo, dans un lodge de bodega ou une posada près du fleuve. Compter une demi-journée pour le quartier historique à pied, une journée complète pour la route 21 jusqu'à Carmelo avec arrêts à Conchillas et dans deux bodegas. L'accès se fait soit en voiture depuis Montevideo (2h30 par la route 1), soit en ferry depuis Buenos Aires (1h15 jusqu'au port de Colonia).
La région se combine naturellement avec Montevideo et le Sud, qui n'est qu'à deux heures et demie de route, et avec l'arrière-pays gaucho pour qui veut prolonger vers une estancia du département de Florida ou Durazno. Le niveau de confort est élevé : posadas de charme dans des maisons coloniales, lodges viticoles avec piscine, restauration soignée. Cette étape convient bien aux voyageurs contemplatifs, aux couples, aux amateurs de vin et d'histoire urbaine. Elle est moins adaptée à qui cherche de la randonnée ou des grands espaces naturels, à réserver pour Rocha ou la côte atlantique.


